Vibration des Esprits derrière les éléments.

Publié le 4 nov 2016

Texte écrit dans le cadre des Rendez-vous littéraires sur le Chemin des Artisans rendus possibles grâce à l’entente de développement culturel du ministère de la Culture et des Communications avec la MRC des Appalaches et la Ville de Thetford Mines.
Auteur : Priscille Martel
Créateur du Chemin des Artisans : Marcel Lafleur

martel-crope

Il était une fois un vieux quêteux, au long manteau rapiécé coloré se promenant de village en village, jouant de l’harmonica et tenant un grand bâton.

Cette nuit-là, le quêteux n’avait pu rejoindre le village voisin et, puisque c’était un été exceptionnel, avait décidé de dormir à la belle étoile, tête calée sur une proéminence de mousse. Au réveil, fut surpris que l’air semblait différent d’hier, le vert des feuilles plus terne, absent le clapotis de l’eau l’ayant bercé toute la nuit et une odeur de fumée circulant. Encore plus surpris d’entendre des pleurs! Eut beau regarder partout, rien….Se penchant pour se relever, aperçût un petit être pleurnichant.

«Mais qui es-tu? Et pourquoi pleures-tu?»

«Issu de la terre, je suis le gnome, j’ai perdu ma fougère».

«Mais est-ce possible? Nous sommes entourés de fougères!»

«Voilà: chaque matin, au réveil, je parcours ce sentier, en quête de baies pour  déjeuner. Ce matin, oh, malheur, la fougère-mère a disparu! Dérobée! Et maintenant la verdure sans éclat!»

«Quel malheur!»

«Pas d’inquiétude, dit le quêteux, marche avec moi pour découvrir le malfaiteur.»

Il mit le gnome dans sa poche et celui-ci scanda cette ritournelle:

«Issu de la terre, je suis le gnome, perdu ma fougère. Un quêteux rencontré veut m’aider à la retrouver»

Cheminant, ils furent surpris d’entendre d’autres pleurs!

«Mais qui pleure ainsi? Quel matin étrange!»

Près du ruisseau d’où on sanglotait, une créature diaphane aux longs cheveux, se mouvait dans l’eau avec grâce et agilité.

«Mais qui es-tu et pourquoi pleures-tu ainsi, créature?»

«Issue de l’eau, je suis l’ondine, perdu mes cousines!»

«Chaque matin au réveil, je veille sur l’eau qui ruisselle, ma mission. Voyez! Le ruisseau a baissé, disparu son clapotis mélodieux, prélevées quantité d’ondines!  Quel malheur!»

«C’est désastreux, répondirent quêteux et gnome. Fais route avec nous, pour découvrir le malfaiteur.»

L’ondine accepta scandant cette ritournelle:

«Issue de l’eau, je suis l’ondine, perdu mes cousines. Un quêteux rencontré veut m’aider à les retrouver!»

Maintenant trois cheminant, le quêteux plein d’histoires, leur faisait oublier leurs déboires.

Leurs peines n’étaient pas terminées car soudainement, le vent se leva et souffla dans toutes les directions, une bourrasque les renversant. Un vent fou au travers duquel émergeaient des sanglots!

«Quel jour étrange, encore des sanglots! Cherchons leur provenance!»

Une autre créature, larmoyante, voletait de tous côtés grâce à des ailes iridescentes.

«Mais qui es-tu, créature et pourquoi pleures-tu?»

«Issue de l’air, je suis l’elfe, j’ai perdu mes repères!»

«Explique-nous!»

«Chaque matin, je décide du parcours du vent mais aujourd’hui, aucun repère, ma rose des vents, disparue! Quel malheur!»

«C’est ennuyeux, répondirent les trois autres, décoiffés par ce vent fou. Même problème! Fais route avec nous, nous découvrirons ce malfaiteur.»

L’elfe entonna cette ritournelle:

«Issue de l’air, je suis l’elfe, perdu mes repères. Un quêteux rencontré veut m’aider à les retrouver!»

Maintenant quatre à espérer ne plus rencontrer un autre éclopé mais, vœu non exaucé, tout près, l’odeur de fumée matinale revint, une odeur de feu! Des crépitements! Et derrière, des pleurs, encore!

«Allons voir! Prudence, gare au feu!»

Une autre créature, dotée de quatre pattes, corps cuirassé, tournait sur elle-même à la recherche de quelque chose; plus elle tournait, plus elle pleurait.

«Mais qui es-tu et pourquoi pleures-tu?»

«Issue du feu, je suis la salamandre, j’ai perdu ma queue»

«Explique!»

«Chaque matin à mon réveil, gardienne du feu, ma queue me sert de tisonnier pour le contrôler! Ce matin, plus de queue, dérobée! Quel malheur!»

«Cette histoire devient familière, entonnèrent les quatre compères. Cherchons ensemble le malfaiteur.»

La salamandre entonna la ritournelle rituelle:

«Issue du feu, je suis la salamandre, perdu ma queue. Un quêteux rencontré veut m’aider à la retrouver!»

Cinq sur le chemin, guettant le moindre bruit, voulant résoudre ces mystères.

Cette fois, interloqués, entendent non des pleurs mais un ricanement maléfique.

S’approchent d’un fourré. Aperçoivent une sorcière drôlement accoutrée. Portant au bras un seau, une girouette comme chapeau, une longue queue et tenant une sphère de verre contenant une fougère!!!

«Voilà la dérobeuse! Mais chut! Pas de bruit, écoutons-la…»

«C’est moi la puissante, j’ai dérobé à chacun leurs éléments, source de vie. Jamais ne pourront me les reprendre car il faudrait que tous ensemble me touchent. Impossible puisque chacun pleure là où il était ce matin Hin!Hin!Hin! »

Les cinq amis étaient avertis. La sorcière n’avait pu prévoir l’aide d’un quêteux valeureux qui, instantanément, s’élança pour permettre à chacun de toucher la sorcière. Ouf! Pouf! Disparue!

Alors, la verdure reprit son éclat, une douce brise caressa leurs visages, plus d’odeur de feu, une mélodie provenant du ruisseau. Chacun avait retrouvé sa raison d’être.

«Ne touchez pas aux Esprits derrière les éléments! Ils sont les maîtres de l’eau, l’air, la terre et le feu afin que chacun prenne sa place et que tout redevienne d’ordre divin»

Priscille Martel

Alias LBR

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